Pourquoi est-ce si difficile de se débarrasser des objets qui nous encombrent ?

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Tout le long de notre vie, nous accumulons divers objets, la plupart du temps inutiles. Ils surchargent nos armoires, nos bureaux ou nos sacs à main, jusqu’à petit à petit envahir notre espace. Mais pourquoi est-ce si difficile de se séparer des objets qui nous encombrent ? Pathologie ou fait de société ? Fiftytoo vous en dit plus.

Le besoin d’objets est présent chez tous les individus, à des niveaux différents. Du collectionneur au conservateur compulsif, la boulimie d’objets est un enjeu aussi bien sociétal que psychologique. Conserver, garder, fait appels à des mécanismes inconscients dictés par différents comportements : peurs, attachement, estime de soi…

Des objets symboliques

Au cours de notre vie, nous utilisons un nombre d’objets défini par nos activités et modes de vie. De la brosse à dents à la tasse de café, les objets du quotidien nous sont indispensables. Il devient alors difficile de différencier l’utile de l’inutile. Un objet n’est utile que s’il a une fonction. C’est pourquoi nous sommes prêts à inventer des tas de bonnes raison pour tout conserver :

-  Je le porterai quand j’aurai maigri
-  Cela peut servir un jour
-  Je vais le réparer
-  On ne sait jamais, quelqu’un en aura peut être besoin un jour
-  Je l’ai payé cher
-  C’était mon préféré

S’il est si difficile de jeter ces objets, c’est parfois à cause des souvenirs que l’on y associe et des situations qu’ils représentent ou représentaient. Tant que cette situation n’est pas clarifiée, nous sommes dans l’incapacité de nous séparer de l’objet en question. Il ne s’agit pas de matérialisme, simplement d’associations. Un attachement, parfois excessif aux objets qui nous entourent nous empêche de nous en débarrasser. Jeter l’objet devient alors synonyme d’abandon, de nouveau départ, et nous ne sommes pas toujours prêt à tourner la page.

Un comportement lié à notre histoire personnelle

Pour beaucoup, ce comportement conservateur est lié à la vie qu’ils ont menée. Laurence Einfalt, conseillère en organisation formée à la psychologie, explique qu’un niveau excessif, voir même boulimique, de cette inaptitude à jeter, peut avoir diverses origines. Il peut y avoir une dimension générationnelle, qui vient de l’éducation reçue et des habitudes familiales. Les personnes ayant eu des parents ou des grands-parents qui avaient du mal à se débarrasser des objets, ont plus de chances de reproduire le phénomène. Cela peut aussi provenir de l’histoire de la personne, des périodes difficiles qu’elle a vécues. La peur de manquer peut-être la cause d’accumulations. La conseillère explique enfin, qu’elle voit aussi souvent des problèmes de personnalité : un manque d’estime de soi peut contribuer à un comportement conservateur. « Parce qu’on ne s’apprécie plus, qu’on pense ne pas mériter mieux que ces vieux vêtements ou autres objets qu’on n’aime plus mais qui sont assez bien pour nous, on finit par ne rien jeter »

Qu’y a-t-il de bien dans le fait de jeter ces objets

Jeter permet de faire le deuil d’une période révolue, c’est aussi ce qui rend le geste si compliqué. Adieu vêtements trop serrés, démodés, vaisselle cassée, vieux magazines, billets de concert, et couvertures miteuses ! Il est temps de faire le ménage autant physiquement que mentalement.

Quelles que soient les raisons qui poussent à l’accumulation : pathologies, enjeu sociétal ou inconscience psychologique, il n’y a pas de solution miracle. Premièrement lorsqu’il s’agit de la maladie, la syllogomanie, forme sévère et compulsive, des traitements médicamenteux peuvent être envisagés. Mais cela ne touche que de rares cas.

Bien sûr, il ne s’agit pas de tout jeter ! On procède par étape. Un cheminement progressif vers une volonté de trier ses affaires vaut même pour ceux dont l’inaptitude à jeter est légère. Notre petite astuce ? Différencier trois catégories d’objets :

-  Les objets réellement utiles
-  Les objets qu’il faut définitivement jeter
-  Ceux dont on n’est pas sûr !

Une fois que vous avez fermement trier un premier tiroir en gardant cette stratégie en tête, commencer par vous débarrasser des objets à jeter. Nous avons dit « débarrasser », ce qui est très différent de « stocker en attendant ». Ensuite ranger la première catégorie d’objet. Enfin fixez-vous un délai, 6 mois par exemple, avant de prendre une décision ferme concernant les objets "douteux". Vous devrez vous séparer de ceux qui ne vous ont pas manqué pendant ce délai.

Une fois ce processus intégré, il sera plus simple de faire le tri dans vos affaires. D’ailleurs, qui ne se sent pas mieux après une bonne séance de nettoyage de printemps ? Mieux certes, mais fatigué, car notre corps et notre esprit assimilent de nouvelles informations pour un nouveau départ.