Les psychotropes : entre addiction et surconsommation, quels sont les risques ?

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Les psychotropes (calmants, antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères…) rendent accros de plus en plus de séniors. Or ces psychotropes sont souvent la cause de plusieurs maux. Parfois nos aînés avalent un cocktail détonant de psychotropes sans même se rendre compte. Pour lutter contre cette surconsommation et accompagner le sevrage des patients, le CHR Mons-Hainaut a ouvert il y quelques mois une nouvelle unité d’hôpital de jour gériatrique.

Le nouvel hôpital de jour du CHR Mons-Hainaut

Lundi 7 mai, Maggie De Block, ministre de la Santé et des Affaires Sociales, s’est rendue en Wallonie, pour visiter le nouveau service gériatrique du CHR Mons-Hainaut. Ce nouveau centre hospitalier s’adresse aux ainés souffrant de troubles cognitifs, de perte d’autonomie, d’isolement social ou d’indépendance fonctionnelle. Philippe Meurrise, médecin gériatre et chef de service, explique : « Cet hôpital de jour permet, en une seule journée, de réaliser un bilan complet de l’état de santé, en évitant les inconvénients d’une hospitalisation conventionnelle. En fonction des résultats du bilan, un programme de rééducation fonctionnelle est établi en concertation avec le patient. Selon les besoins, il s’agira de revalidation cognitive (notamment chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer), locomotrice (par exemple après une chute ou une intervention orthopédique), psycho gériatrique (dépression...), mais aussi des soins de logopédie (troubles de la déglutition) et tous soins qui nécessitent une approche pluridisciplinaire. A la fin de la période de revalidation, un rapport et un plan de soins sont remis au patient pour la poursuite des soins à domicile. Ces documents sont transmis au médecin traitant et aux autres dispensateurs de soins désignés par le patient. »

Accumulations et effets secondaires

C’est souvent lors d’une consultation pour une chute, que les gériatres font le bilan de tous les psychotropes consommés au quotidien par leurs patients, et l’inventaire n’est pas rassurant. En Belgique, la consommation de benzodiazépines (médicament indiqué contre l’anxiété et l’insomnie) est la plus élevée. Les effets secondaires de ces cachets altèrent les capacités cognitives et l’autonomie et favorisent les chutes et leurs conséquences : fractures, hospitalisation, hématomes… Blandine Plasman, psychologue dans la nouvelle unité du CHR Mons-Hainaut commente : « Non seulement, les personnes âgées ne se considèrent pas comme accros mais elles ne font pas le lien entre le médicament et toutes sortes de difficultés qui surviennent comme les chutes. Il y a beaucoup de chutes chez les personnes âgées à cause des médicaments ». Le docteur Lemaire, gériatre dans cette même unité, combat depuis plus de 30 ans ces mauvaises habitudes. La plupart des patients consomment ces médicaments depuis si longtemps, que ça en devient une habitude, une addiction. Marie-Claire Baudelet, une patiente du centre gériatrique de 83 ans confie « J’en prends depuis 50 ans (...) Je retiens la date, c’est celle de la naissance de ma fille ». La moitié des patients admis dans le nouveau service du CHR est concernée par ce problème, et à long termes, les effets s’amplifient : « Quand on voit que certains d’entre eux prennent depuis près de 20 ou 30 ans ces médicaments, il y a eu vraiment une accoutumance et des effets nocifs à long terme. On a démontré récemment que ces médicaments intervenaient dans la genèse de la maladie d’Alzheimer » explique le docteur Lemaire.

Une campagne et un projet de sevrage

C’est l’un des projets les plus importants de l’hôpital : réduire la consommation abusive de psychotropes chez les personnes âgées. Cette nouvelle unité participe à la campagne « Psychotrope… is te veel » lancée par la ministre De Block en janvier 2018. Le sevrage lui n’est pas toujours facile. Les premières nuits de Marie-Claire Baudelet sans ses calmants ont été agitées, difficiles, mais elle nous rassure, aujourd’hui tout va bien, elle se sent mieux. Les troubles cognitifs disparaissent petit à petit. Le gériatre Pierre Lamaire explique : « C’est un combat contre le patient, contre son entourage, parfois contre son médecin traitant, parce que le patient va aller faire du shopping si on le force à arrêter son traitement, il va aller chez un autre médecin, puis encore un autre. (...) les patients sont parfois dans le déni, la famille, c’est compliqué quand on arrête les médicaments, le patient est un peu confus. ».

Les patients sont pris en charge par une équipe compète : médecins, logopèdes, ergothérapeutes, diététiciennes, psychologues, et kinésithérapeutes, qui les accueillent deux à trois fois par semaine à l’hôpital de jour pendant trois mois. Le principe est d’accompagner le patient aussi bien sur le plan médical que sur les plans psychologique et social pour éviter la prise de ses cocktails psychotropes qui nuisent à la santé des ainés.