La peur au cinéma !

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L’aptitude à faire peur au cinéma est liée à l’habileté de certains cinéastes à exacerber nos pulsions. Fiftytoo fait un point sur le genre, et retourne aux sources de l’art cinématographique, dans ses origines populaires et foraines…

La peur fait partie des émotions humaines. Elle s’intègre dans une histoire pour donner une profondeur au récit, quel que soit le média utilisé. C’est pourquoi, le cinéma d’épouvante remonte à la genèse du septième art. Le pionnier Georges Méliès réalisait déjà en 1896 et 1898 le manoir du diable et la caverne maudite… Ces films sont toutefois volontiers classés dans le registre du fantastique.

C’est à partir de 1920 que le cinéma d’épouvante commence à émerger avec Le cabinet du docteur Caligari, film de Robert Wiene qui ouvre une brèche et s’intègre dans le mouvement de l’expressionnisme allemand. En 1922, La sorcellerie à travers les âges impose ses règles de l’occultisme. Enfin, en 1923, Le bossu de Notre-Dame initie les films de monstre de la Hammer.

Si dater les origines de la peur au cinéma est difficile, il est plus difficile encore de déterminer ce qu’est la peur au cinéma. Chacun en a sa propre définition, à cause de ses relations au monde, de par sa culture ou son vécu. Pour beaucoup, la peur au cinéma se limite à des Jumpscare - la bête hideuse qui apparaît soudainement et se jette sur l’écran comme pour vous sauter au visage - qui repose sur la technique du contre-pied.

On fait en sorte que le spectateur se détende et croit le danger passé, pour soudainement le surprendre. Mais le public habitué y est de moins en moins sensible. Les réalisateurs doivent alors brouiller les pistes, et tous les moyens sont bons. Désormais, l’effet de surprise doit être dosé. Il repose sur la tension exercée sur le spectateur et doit agir sur un réflexe naturel.

La vraie peur repose sur l’inconnu, ce qui explique une forte utilisation du hors-champ. L’invisible et la suggestion poussent le spectateur à se remémorer ses propres peurs, développées dans l’enfance, lorsque le monde qui nous entoure n’est pas encore rationnel et perçu de façon déformée. Ces peurs inconscientes nous suivent toute notre vie.

Le public a moins peur de ce qu’il voit que de ce qu’il imagine, tout simplement parce qu’il est conditionné pour associer ce qui sort de l’ordinaire à une menace, et donc à en avoir peur.

Enfin, il y a également le phénomène de la rupture de ton, soit faire peur dans un contexte qui n’est pas sensé instiller la peur. L’esprit n’étant pas préparé à éprouver cette émotion, il ne va pas lever ses défenses et le traumatisme sera ressenti de façon bien plus forte. C’est ce que Freud nommait « l’inquiétante étrangeté », une déviance par rapport à la réalité qui crée chez le spectateur un malaise.

La peur au cinéma est donc bien plus que ce que les films d’épouvante savent vendre. Mais, tout cela dépend de l’expérience cinématographique que l’on souhaite vivre.