Infantilisé en maison de repos ? Pas avec la philosophie de l’Humanitude !

En parler sur le forum Imprimer Envoyer à un ami

Une crainte souvent exprimée par les seniors, quand ils envisagent de quitter leur domicile pour habiter une maison de repos, est de se retrouver infantilisé. S’il est vrai que les soignants ont parfois tendance à tomber dans ce travers, et les seniors à s’y complaire, une philosophie nouvelle a fait depuis peu son apparition dans notre pays : l’Humanitude.

Anne-Sophie Hubaux, infirmière, se bat depuis près de quatre ans pour faire connaître et reconnaître cette philosophie de soins en Belgique en fondant l’ Institut Gineste-Marescoti Belgique-Luxembourg. Nous l’avons rencontrée pour vous.

L’humanitude, qu’est-ce que c’est ?

Son origine

Le couple de licenciés en éducation physique, Gineste et Marescoti, a découvert l’univers des maisons de repos par des formations qu’ils donnaient, en « école du dos » notamment... Ils ont découvert avec stupéfaction à quel point la communication pouvait y faire défaut. Vierges de tout apprentissage des milieux de soin et d’accueil des seniors, ils ont eu la possibilité et le recul nécessaire pour faire appel à leur créativité… C’est ainsi qu’est née, après 20 ans de travail, de réflexions, de partage avec les équipes soignantes et d’expérimentations, la philosophie « Humanitude » .

En quoi consiste-t-elle ?

Elle consiste, pour les professionnels, à ne pas oublier de regarder et accompagner les seniors comme des adultes citoyens, de mettre en avant leurs capacités et d’être attentifs à leurs désirs.

Comme nous l’explique A-S Hubaux, le personnel soignant tombe facilement dans le piège des mouvements formatés. L’argument du manque de temps est souvent utilisé, cependant regarder la personne, lui parler ne demande pas plus de temps, et pourra même permettre d’en gagner en évitant les conflits ou les moments vécus difficilement par certaines personnes, comme lors des soins d’hygiène.

Il ne faut pas perdre de vue que les maisons de repos sont des structures de vie, et doivent être des substituts du domicile et non d’un hôpital... On parle d’ailleurs de locataires ou résident, et non de patients...

Dans la pratique, il y a déjà une culture bien ancrée, il faut du temps pour que cela change. Pour ce faire, les formations et supervisions d’équipes sont proposées, les choses changent peu à peu.

Mais c’est aussi aux résidents des maisons de repos de s’affirmer en tant que personnes à part entière. Il est par exemple important de se comporter en adulte en préparant bien son déménagement à la maison de repos. « Lorsqu’on décide de déménager, on anticipe, on recherche, on se renseigne. Pourtant l’arrivée en maison de repos se fait souvent dans l’urgence, et bien souvent ce sont les enfants ou les proches qui choisissent pour le senior. », nous fait remarquer A-S Hubaux.

Mais comment la mettre en pratique ?

La communication

Des études scientifiques ont prouvé que l’on parlait peu, a fortiori avec les personnes souffrant d’Alzheimer ou atteintes d’autres types de démences : la somme des mots prononcés à certaines personnes (éprouvant des difficultés à communiquer) nous amenait à seulement 2 minutes par jour de temps de communication directe proposé, ce qui est effrayant.

L’Humanitude accorde donc une grande importance à la communication, non seulement par les mots prononcés, mais aussi par la manière dont ils sont formulés, en s’adressant réellement à la personne, en la regardant...

Le toucher

Dans le contexte d’une maison de repos, les seniors ont souvent besoin de soins, parfois il n’est plus aisé de faire sa toilette seul et c’est au personnel soignant de la faire pour ou avec nous. Or être touché, pour des soins ou la toilette, peut être vécu difficilement, comme une intrusion, parfois même une agression.

Des techniques existent pour que le senior se sente accueilli, participatif. PFar exemple, les membres ne seront jamais pris « en pince » (comme on empoigne un verre : le pouce opposé aux autres doigts de la main), pour ne pas risquer de renvoyer aux images de punition ou de danger auxquelles cette sensation pourrait susciter...

La verticalité

Dans notre culture, on associe souvent les personnes âgées au lit. On ne s’étonnera pas que, après une opération par exemple, alors qu’il est guéri, le senior reste alité plusieurs semaines, voire mois. Or l’identité de l’humain est alors remise en cause : nous donnons beaucoup d’importance à la position debout (pensons à notre joie quand le petit enfant commence à marcher), alors imaginons le deuil du senior qui perd cette capacité.

Lorsque l’on suit les préceptes de l’Humanitude, on aura plutôt tendance à maintenir le senior le plus longtemps possible sur ses deux jambes, fier et autonome.

Quelles sont les conséquences de cette approche ?

Les études ont démontré,

Pour les résidents des maisons de repos
- Une augmentation de l’autonomie décisionnelle et fonctionnelle
- Une diminution des refus de soins
- Une diminution de la grabatisation (et des maux qu’elle provoque)
- Une diminution de la médication (en particulier les neuroleptiques)
- Une augmentation de la communication (avec le personnel soignant, mais également avec les proches).

Chez les soignants, on a pu remarquer une plus grande implication professionnelle, dans le goût de « prendre soin », dans l’offre de soin qui devient personnalisée, la facilité à entrer en relation... ce qui a pour conséquence une diminution du stress et donc de l’absentéisme.

C’est exactement ce qu’il me faut ! Où puis-je le trouver ?

Anne-Sophie Hubaux le concède : l’Humanitude en Belgique en est encore à ses balbutiements. Cependant, de plus en plus de maisons de repos s’intéressent à la question, se forment, se documentent. On peut espérer que dans une vingtaine d’années, l’ensemble des maisons de repos aura adopté cette philosophie.

Par ailleurs, A-S Hubaux insiste également sur toutes les autres formations continues aujourd’hui proposées et qui enrichissent le bagage des professionnels soignants (l’approche Snoezelen, la Validation de Naomi Feil, l’écoute active, les formations permettant de mieux appréhender des maladies comme la maladie d’Alzheimer et de mieux comprendre les personnes qui en souffrent...).

Les conseils d’Anne-Sophie Hubaux pour bien choisir sa maison de repos

Même si elles ne se targuent pas de mettre en pratique les techniques et méthodes liées à l’Humanitude, les maisons de repos peuvent proposer des projets qui en sont proches et pourront vous convenir. A vous de prendre le temps de bien choisir...

Anticipez

Si vous attendez le dernier moment pour choisir votre maison de repos, ou pire que d’autres la choisissent à votre place, vous risquez de « prendre ce qui vient »... et qui ne vous conviendra peut-être pas. Commencez donc à vous renseigner, à établir la liste de ce qui est important pour vous, d’en parler à votre entourage.

Renseignez-vous

Chaque maison de repos a l’obligation de rédiger un projet de vie institutionnel. Vous pouvez donc demander à en prendre connaissance afin de voir si les objectifs poursuivis par l’institution sont en adéquation avec les vôtres.

Visitez les lieux

Parfois le lieu nous semble très agréable en photo, mais nous ne nous y sentons pas bien, ou inversement. Il est donc important de pouvoir ressentir l’ambiance, l’atmosphère, les odeurs...

Rencontrez vos futurs voisins

En effet, parfois il est difficile pour le personnel de mettre en pratique à 100% ce qui est écrit dans le projet, celui-ci faisant office d’objectifs à atteindre, de philosophie générale... Mais peut-être que certains aspects mis entre parenthèses dans ce lieu sont absolument essentiels pour vous. Il peut donc être intéressant, pour compléter votre lecture, de prendre connaissance de la façon dont se passent les choses concrètement, « de l’intérieur » par les témoignages des résidents actuels. C’est également une bonne manière de toucher du doigt l’atmosphère, de voir comment se passent les relations entre locataires.

Il vous reste des questions sans réponse ?

La direction est aussi là pour ça. Suite à votre visite, certaines choses vous interpellent ? Vous n’avez pas obtenu la réponse à toutes vos questions ? Vous avez des craintes ? Personne ne vous reprochera de bien préparer votre venue, que du contraire !

Dans le cadre d’un déménagement, vous ne sauteriez pas sur la première maison venue sans vous renseigner ou « prendre la température » ? C’est exactement la même situation, vous prenez simplement vos responsabilités pour effectuer ce choix d’une importance primordiale en toute connaissance de cause.

P.-S.

Pour en savoir plus

IGM Belgique-Luxembourg (IGM Belux)

www.igmbelux.be

Anne-Sophie HUBAUX (fondatrice)

Rue du Bailli 3

BE-5600 FAGNOLLE (Philippeville)

Tél./Fax : 0032(0)60 347121

Courriel : igmbelux@skynet.be

Annuaire des maisons de repos :

http://www.lesmaisonsderepos.be/mai...