Faire son deuil de la personne aimée

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« Mon épouse est décédée il y a maintenant 7 mois, 42 ans que nous partagions notre vie. La maison est terriblement vide sans elle, chaque photo, chaque objet me rappelle à son souvenir. Certains soirs j’ai l’impression qu’elle est encore là.

La douleur est terrible, on m’avait dit que ça passerait mais ce n’est pas le cas, et les mois passant, les amis ont diminué leurs marques d’attention et de soutien. J’ai l’impression de devenir fou. »

Hervé, 74 ans.

Hervé, le travail de deuil est un travail intérieur très douloureux. Il vous faut pouvoir accepter la disparition de votre épouse et définir un avant et un après. Ce qui est d’autant plus difficile que c’est aussi une partie de votre identité qui a disparu avec elle.

Chaque histoire, chaque deuil est personnel, et unique. Cependant, le processus par lequel les personnes endeuillées doivent passer respecte généralement trois phases. Durant ces phases, vous aurez quatre tâches à accomplir.

Dans un premier temps, c’est le choc, à l’annonce du décès. Même lorsqu’on a été préparé à recevoir un jour cette nouvelle, suite à une maladie par exemple, le choc est une étape incontournable. A ce moment, les personnes ne savent d’abord pas réagir, ne comprenant pas, niant la réalité, imaginant parfois que ce n’est pas possible et que la personne va revenir.

1ère tâche : accepter la réalité

Cette période généralement assez courte laisse rapidement place à la réalité, on ressent alors chagrin, révolte, colère, anxiété, angoisse... Les pleurs commencent, on accepte peu à peu la réalité. Le travail de deuil peut commencer.

Ensuite, vient l’étape la plus importante du travail de deuil, que l’on appelle « état dépressif réactionnel ».

Cette phase est très difficile, il est important de ne pas rester seul à ce moment, afin de ne pas prendre le risque de s’enfoncer dans une dépression plus profonde.

Elle est caractérisée par :

- Les signes physiques de la dépression : vous ne prenez plus de plaisir, l’intérêt de manger diminue, la fatigue est intense, les insomnies fréquentes, vous délaissez vos activités antérieures...

- Des troubles intellectuels et affectifs : une perte de l’attention et de la concentration, vous vous sentez triste, avez parfois des crises de larmes, vous êtes sensible à tous les détails qui vous rappellent le disparu. Il peut vous arriver d’avoir l’impression de devenir fou.

2ème tâche : accepter la douleur de la perte

Ces émotions et ces ressentis sont tout à fait normaux, ils diminueront avec le temps...

Soyez patient avec vous-même, prenez le temps. Vivre pleinement la souffrance et les différentes émotions qu’elle suscite vous aidera à bien faire votre deuil.

Si pour les amis, il est temps de tourner la page, il est évident qu’il n’en sera pas de même pour vous. La durée d’un processus de deuil peut varier d’une personne à l’autre, mais on parle généralement d’une durée de deux ans.

Rencontrez des personnes qui ont vécu une perte aussi, vous pourrez alors vous exprimer sans retenue. Certains groupes d’expression permettent également d’extérioriser les émotions que vous pourriez être tenté d’enfouir au fond de vous. S’il vous semble que la souffrance persiste, n’hésitez pas à vous adresser à votre médecin.

Troisième tâche : s’adapter à son environnement sans le défunt

Enfin, accordez-vous aussi des moments de détente, de loisirs...

Vous serez alors prêt à investir la dernière phase de votre travail. Celle du détachement, de la reconstruction.

Quatrième tâche : donner une nouvelle place au défunt et réapprendre à aimer la vie

Vous n’oublierez évidemment jamais votre épouse, mais vous aurez appris à réinvestir votre vie, lui redonner sens, et à l’envisager sans elle. Peut-être sera-t-elle toujours présente, comme source d’inspiration par exemple.

Vous pourrez réinvestir votre énergie dans de nouveaux projets... Et serez sur la voie de la guérison !

Quand est-on guéri ?

Évidemment, la vie ne sera plus jamais comme avant. Parler de guérison est difficile, et là aussi encore différent pour chacun.

Cependant on y retrouvera les trois éléments suivants :

- On se retrouve à nouveau à l’aise dans la vie la plupart du temps, capable de jouir des petits bonheurs qu’elle nous offre.
- On peut à nouveau affronter les tracas.
- On est moins pris par la tristesse.

Ce travail aura en outre fait de vous une autre personne, grandie.

P.-S.

A lire « Faire son deuil, vivre un chagrin. », Manu Keirse, Ed De Boeck & Belin