Baisse de libido

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Booster sa libido, voilà bien une des préoccupations, avouées ou non, des seniors. Internet nous propose multitudes de « trucs », les uns scientifiques, les autres fantaisistes… Que retenir de tout cela ?

Pour faire le point sur la baisse de libido, nous avons rencontré pour vous Sabrina Bauwens, sexologue.

Internet et la libido

- Lorsqu’on effectue une recherche Internet « booster la libido » sur un moteur de recherche bien connu, les premiers résultats obtenus concernent des produits miracles ayant pour promesse une « érection solide ». Est-ce vraiment le bon point de départ quand on veut booster sa libido ?

Malheureusement non mais beaucoup de personnes font cette abréviation des choses... La libido est devenue une sorte de bien corporel que l’on peut adapter, changer selon ses envies sans tenir compte de son fonctionnement réel. Les articles de presse et Internet parlent très souvent et facilement des résultats de la libido (l’érection par exemple) sans rentrer dans le vif des choses. Ça peut rassurer certaines personnes mais en angoisser d’autres qui se retrouvent seules et perdues devant leur problème de libido. Les questions s’accumulent, peuvent créer des disputes dans le couple voire augmenter la problématique elle-même.

Internet est un outil très facile, trop facile quand on veut des réponses à ces questions (si on se pose au départ les bonnes questions), mais on trouve tout et n’importe quoi dans les informations. Il faut rester méfiant et critique. Nous sommes dans une société de consommation où l’on trouvera toujours encore plus miraculeux qu’avant. On vit dans l’illusion que tout est réparable, interchangeable, qu’on peut tout avoir ici, de suite, sans attente ni frustration. La libido est tombée malheureusement dans ce travers là... On voudrait jouir de son corps éternellement.

Baisse de libido chez l’homme et la femme

- Quelles sont les causes principales d’une baisse de la libido ? Il semblerait que les causes physiologiques touchent plutôt les hommes alors que les femmes souffrent plutôt de leur image et du côté affectif...

Il y a des causes physiques et psychiques aussi bien chez les hommes que chez les femmes. On peut surtout parler de troubles hormonaux qui déstabilisent la libido, comme la ménopause, la grossesse, l’après accouchement, une contraception mal adaptée... mais il y a aussi certaines traitements comme les anti-dépresseurs qui « étouffent » ou ralentissent la libido des personnes.

On peut comparer la libido à une énergie qui jouera au yo-yo en fonction de notre état physique. Il faut pouvoir connaître son fonctionnement pour ne pas s’inquiéter quand il ne faut pas, et accepter les baisses logiques de notre corps. Certaines sont normales voire inévitables : acceptons-les et revoyons notre sexualité autrement pendant un temps. L’être humain n’est pas surnaturel et inébranlable.

Au niveau psychologique, il est plus difficile de faire des généralités, tout va dépendre du caractère, de la personnalité de l’individu. On peut vivre un deuil très difficile sans avoir d’effet sur sa vie sexuelle. Si, par contre, un homme est en dépression, hors traitement, sa libido va en prendre un coup c’est inévitable.

Il est vrai que la femme est plus cérébrale, elle fait travailler ses 5 sens dans son érotisme et sa sexualité. Cela coule sous le sens que sa libido peut être perturbée par plus de choses qu’un homme, mais encore une fois, tout va dépendre de son ouverture d’esprit, son éducation et sa capacité à « passer à autre chose » pour ne pas laisser les choses de la vie polluer sa libido.

La libido à 50 ans

- A 50 ans le corps change, quelle place ces changements prennent-ils dans la baisse de la libido ?

Vers 50 ans, des modifications de la physiologie sexuelle commencent à se faire sentir. Les partenaires doivent s’adapter à ces nouvelles données. Chez l’homme comme chez la femme, l’établissement de la réponse sexuelle se fait plus lentement.

L’érection, qui apparaît en quelques secondes chez un homme jeune, mettra quelques minutes à s’établir, mais une fois présente, elle peut se maintenir sans problème. La rigidité complète s’installe juste avant l’éjaculation. Les caresses sexuelles deviennent primordiales pour provoquer l’excitation. L’inactivité de la partenaire est rédhibitoire.

Voir notre article sur les troubles de l’érection.

La lubrification vaginale met également quelques minutes supplémentaires. Les contractions vaginales qui accompagnent souvent l’orgasme durent moins longtemps. Mais le plaisir est là. Chez l’homme la quantité de sperme éjaculée est moindre et la force de l’expulsion diminue. La détumescence survient plus rapidement.

Voir notre article sur la sécheresse vaginale.

Mais n’oublions pas que l’aspect du corps change aussi. Cela peut provoquer une diminution de l’image de soi, des dépressions... L’idée de la retraite, d’une maison vide sans enfants, la peur des maladies ou de la mort peuvent aussi altérer notre libido et notre capacité à la faire évoluer comme le reste de notre vie. On se sent moins désirable, moins compétent, plus autant « dans le vent ». N’oublions pas que nous vivons dans une société qui prône la jeunesse et l’action.

Il y a aussi une grande confusion dans l’esprit des gens : ce n’est pas parce que l’intérêt pour la sexualité diminue avec l’âge et/ou les aléas de la vie que le corps n’est plus compétent pour une bonne sexualité. Le fait d’avoir du plaisir au niveau corporel et psychologique augmente la durée de vie selon certaines études.

Libido : changez vos habitudes

- La routine fait partie des causes évoquées par les seniors en matière de baisse de libido. Que peut-on mettre en place dans la sexualité pour la contrer ?

La routine, les habitudes dans les gestes et les caresses ne sont pas arrivées du jour au lendemain, c’est un long et lent encrage dans notre vie. Il faut donc s’en rendre compte et vouloir que cela change. Beaucoup de couples trouvent les répétitions rassurantes. Les changements n’arriveront pas non plus en un claquement de doigts. C’est comme vouloir prendre du muscle après une heure de sport, c’est impossible. Il faut prendre son temps et avoir communiqué au préalable sur les adaptations à effectuer, sur les limites, les désirs de l’un et l’autre. L’intimité au sens large doit être revisitée.

Il est important de redécouvrir son propre corps avant d’explorer à nouveau les courbes de l’autre. Le sexe réagit un peu différemment, on a donc un nouveau terrain de jeu à explorer. Il est parfois temps aussi d’enfin partir à deux, de redécorer la chambre, de faire les boutiques de lingerie ensemble... Vivre des choses ensemble et se redécouvrir est un moment passionnant et important dans l’évolution érotique et sexuelle d’un couple.

Voir notre article sur la libido et le jeu.

Baisse de libido : consultez un spécialiste

- Un couple rencontre un problème de libido, quelles sont les différentes étapes par lesquelles passer ? A qui s’adresser en premier/dans quels cas ?

Souvent les femmes s’adressent à leur meilleure amie, ou à leur gynécologue. Les hommes, eux, parlent beaucoup moins ensemble.

Il n’y a pas de parcours type, je dirais que le plus important est que la personne en parle à un spécialiste. La sexualité est pluridimensionnelle donc nous sommes obligés de travailler en collaboration avec les gynécologues, urologues... Les bilans médicaux et sanguins sont souvent nécessaires pour établir de manière fiable un diagnostic. Un bon sexologue par exemple demandera avis à ses collègues pour le bien du patient.

- Est-il préférable de consulter en couple ?

Je dirais que oui, mais tout dépend du couple, de son niveau de communication, de complicité, de l’importance du problème sexuel dans le couple. Mais en matière de sexualité, il n’y en a pas un des deux qui fait tout le travail et l’autre qui attend sur son trône : les deux doivent se retrouver. En outre, pour les exercices thérapeutiques, il est difficile de les faire seul ou derrière le dos de l’autre conjoint.

- Si mon compagnon connaît une baisse de libido, est-ce que je peux l’aider ? Que faire ?

L’écouter, ou à l’inverse accepter qu’il ne se sente pas prêt à en discuter. Être patient(e) et compréhensif(/ve). Mais attention, il faut aussi mettre des limites : ce n’est pas parce qu’on n’arrive pas à en parler à son épouse, qu’on ne doit jamais franchir le pas d’en parler à un sexologue. Ce dernier est une personne neutre et compétente qui est là pour répondre justement aux questions et rediriger le couple.

- Si les deux partenaires connaissent cette baisse de libido, est-il nécessaire d’y travailler ou peut-on se contenter d’une vie sans sexualité ?

Tout dépend du couple... Certains se satisferont de cette relation chaste, d’autres pourraient en souffrir. Rien de tel alors que de réussir à mettre des mots sur ce qu’on vit, à dialoguer afin de savoir comment on se sent dans la situation et si on a besoin d’aide ou non.

- Comment se passe en entretien en sexologie ? Combien de séances faut-il compter en général ?

Le nombre de séances dépend de beaucoup de choses : le problème en lui-même, depuis quand il existe, la volonté de la personne de vivre autre chose, l’aide (ou le sabotage) du conjoint, la disponibilité pour venir aux consultations et pour faire les exercices...

Il arrive parfois que l’un des deux menace de divorce si le problème est toujours présent plusieurs mois après. Malheureusement, ce genre d’ultimatum n’aide personne à avancer correctement. Cela peut varier de quelques séances à plusieurs mois, voire années dans des cas rares (viol, inceste...).

La première consultation est primordiale car elle permettra aux protagonistes de voir, de sentir s’ils pourront travailler ensemble, s’ils se sentent écoutés, à l’aise avec le sexologue.

Cette première consultation est libératrice car c’est souvent une première occasion pour la personne de lâcher son fardeau et de parler à cœur ouvert de son vécu sexuel. C’est souvent très intense. Le sexologue explique alors ce qu’il peut proposer au niveau thérapeutique, fait l’anamnèse au niveau familial, conjugal et santé. Il lui faut une vision globale mais précise de la personne et de son environnement. Autant savoir aussi tout de suite si un problème médical ou un traitement viendront entraver le travail.

Faire le test sur la sexualité des seniors.

P.-S.

Pour aller plus loin

www.sexologieliege.be

Annuaire sexologique de la région de Liège. On y trouve des articles, les informations sur les conférences, séminaires ou workshops organisés par l’équipe. (Prochain workshop fin septembre) Il s’agit également d’un espace de parole où poser ses questions de manière anonyme. Ce site est un espace de liberté dédiée à l’érotisme et à la sexualité de tout âge.

Article réalisé avec le soutien de Sabrina Bauwens, Sexologue, Liège 0478/647978